
L'EBITDA affiché en comptabilité n'est jamais celui retenu par un acquéreur. Découvrez les 5 retraitements qui peuvent transformer significativement votre valorisation.
Vous avez décidé de vendre votre entreprise. Vous regardez votre liasse fiscale, vous voyez 110 k€ d'EBITDA, et vous calculez : « avec un multiple de 5x, je devrais sortir à 550 k€ ». C'est le premier réflexe — et c'est aussi la première erreur.
L'EBITDA brut affiché à votre comptabilité n'est jamais celui retenu par un acquéreur. Tout l'enjeu d'une cession bien préparée tient dans un mot : la normalisation. Sur les 80 + dossiers que nous avons accompagnés ces 10 dernières années, l'écart moyen entre EBITDA affiché et EBITDA normatif est de +38 %. Sur un dossier que je vais détailler en fin d'article, nous avons fait passer un EBITDA de 110 k€ à 245 k€ — soit 675 k€ de prix de cession supplémentaires après application du multiple sectoriel.
Voici les 5 retraitements qu'un bon conseil M&A va systématiquement passer en revue avec vous, dans l'ordre d'impact décroissant.
1. La rémunération du dirigeant
C'est le retraitement numéro 1, et de loin. Dans une TPE/PME, le dirigeant est rarement payé « au marché ». Soit il s'octroie une rémunération faible pour optimiser fiscalement, soit à l'inverse il se paye largement parce que c'est son entreprise.
Un acquéreur va recalculer cet EBITDA en y substituant le coût d'un directeur général salarié du marché capable de tenir la fonction. Concrètement :
- Si vous vous payez 30 k€ alors que votre fonction se rémunère à 80 k€ sur le marché, l'acquéreur ajoute 50 k€ de charge à votre EBITDA — il baisse l'EBITDA normatif.
- Si vous vous payez 200 k€, il retraite à la hausse de 120 k€.
Notre conseil : regardez les grilles APEC ou des cabinets de recrutement (Robert Walters, Hays) pour votre fonction équivalente. Documentez la fourchette marché. Préparez l'argumentation avant les négociations.
2. Les loyers anormaux et les flux SCI
Si vos locaux sont détenus par votre SCI familiale, vérifiez que le loyer est aligné sur le marché local. Trois cas typiques :
- Loyer sous-évalué (cas fréquent : vous avez bloqué le loyer en 2010) : l'acquéreur normalise au prix marché, ce qui baisse l'EBITDA mais révèle un risque post-cession (renouvellement du bail).
- Loyer sur-évalué (cas typique : vous remontez du cash dans la SCI) : l'acquéreur retraite à la baisse, l'EBITDA augmente.
- Pas de loyer du tout (vous êtes propriétaire en direct) : l'acquéreur impute un loyer théorique marché à la charge.
Demandez une expertise locative à un agent immobilier d'entreprise local avant le process. C'est 800 € qui peuvent en représenter 50 k€ sur le prix de cession.
3. Les charges non récurrentes
Tout ce qui ne se reproduira pas dans le futur s'enlève de l'EBITDA. C'est le retraitement le plus simple — mais aussi le plus oublié. Sont concernés :
- Litiges prud'homaux ou commerciaux ponctuels
- Coûts d'une restructuration terminée
- Perte exceptionnelle (sinistre, créance définitivement perdue)
- Honoraires d'experts non récurrents (audit ponctuel, conseil fiscal spécial)
- Départ d'un salarié clé avec indemnité transactionnelle
Attention : vous devez pouvoir justifier le caractère non récurrent par une preuve documentaire (jugement, courrier, contrat). Sans pièce, l'acquéreur refusera le retraitement.
« Sur les 80 dossiers que nous avons accompagnés, l'écart moyen entre EBITDA affiché et EBITDA normatif est de +38 %. Le retraitement le plus négligé ? Les avantages en nature personnels du dirigeant — souvent 15 à 25 k€ par an. »
4. Les avantages en nature personnels
Voici la catégorie où nous trouvons le plus souvent des EBITDA cachés. Faites l'inventaire honnête des dépenses passées par la société qui relèvent en réalité du train de vie personnel :
- Véhicule de fonction partagé avec le conjoint, ou véhicule prestige sur-dimensionné
- Mutuelle premium et prévoyance dirigeant ultra-couvrante
- Voyages et restauration qualifiés en frais commerciaux mais en réalité mixtes
- Adhésions golf, club business, abonnements personnels
- Matériel informatique familial (smartphones, ordinateurs, tablettes)
Ces postes augmentent l'EBITDA normatif car un futur dirigeant salarié ne se les paierait pas sur le compte de l'entreprise. Soyez exhaustif et documentez chaque ligne. Sur des dossiers que nous avons accompagnés, ce poste seul a révélé jusqu'à 35 k€ d'EBITDA normatif supplémentaire.
5. Les amortissements et provisions exceptionnels
L'EBITDA exclut par définition les amortissements et provisions récurrents. Mais certains montants exceptionnels peuvent transiter par d'autres lignes du compte de résultat et impacter l'EBITDA brut :
- Provision pour gros entretien d'un équipement remplacé ce trimestre
- Dépréciation one-shot d'un stock obsolète après changement de gamme
- Provision pour litige soldeé cette année
Ces montants doivent ressortir de l'EBITDA normatif puisqu'ils ne se reproduiront pas. Le travail de votre conseil M&A est de les sortir du résultat d'exploitation et de les documenter en annexe du Quality of Earnings (QoE).
Cas réel : comment 110 k€ sont devenus 245 k€
Sur un dossier réel de 2025 (services aux entreprises, 12 salariés, CA 1,8 M€), voici la décomposition :
- EBITDA affiché : 110 k€
- + Rémunération dirigeant retraitée (108 k€ affiché vs 75 k€ marché) : +33 k€
- + Loyer SCI sur-évalué (38 k€ vs 26 k€ marché) : +12 k€
- + Charges non récurrentes (litige + audit IT) : +28 k€
- + Avantages en nature (véhicule + mutuelle + voyages) : +22 k€
- + Provision exceptionnelle stock : +40 k€
- EBITDA normatif : 245 k€
Multiplié par le multiple sectoriel retenu (5x), c'est un delta de 675 k€ sur le prix de cession. Sur un deal annoncé à 550 k€ sur l'EBITDA brut, on est sortis à 1,225 M€.
Vous voulez tester ce que cela donne sur votre dossier ?
Notre simulateur d'estimation gratuit intègre les 5 retraitements ci-dessus et vous donne en moins de 5 minutes une fourchette de valorisation réaliste, validée par un conseil M&A. Aucun engagement, résultats confidentiels.
Et si vous êtes en réflexion sérieuse de cession dans les 6 à 18 prochains mois, prenez 30 minutes avec nous pour passer votre dossier en revue. Première consultation offerte.
Prenez rendez-vous avec nos experts
Parlez-nous de votre entreprise et découvrons ensemble comment maximiser sa valeur. Un échange sans engagement, 100 % confidentiel.

Découvrez notre FAQ
Pourquoi l'EBITDA affiché diffère-t-il toujours de l'EBITDA retenu par un acquéreur ?
Parce qu'un acquéreur applique une série de retraitements de normalisation (rémunération du dirigeant, loyers, charges exceptionnelles, avantages en nature). L'écart moyen observé sur les dossiers de cession dépasse souvent +38 %.
Comment se retraite la rémunération du dirigeant dans le calcul de l'EBITDA normatif ?
L'acquéreur substitue à la rémunération réelle du dirigeant le coût d'un directeur salarié au prix du marché (grilles APEC, cabinets de recrutement), ce qui peut faire baisser ou augmenter l'EBITDA normatif selon le niveau initial de rémunération.
Quelles charges sont considérées comme non récurrentes dans un retraitement d'EBITDA ?
Litiges ponctuels, coûts de restructuration terminée, pertes exceptionnelles, honoraires d'experts non récurrents ou indemnités de départ d'un salarié clé, à condition de pouvoir en justifier le caractère non récurrent par une pièce documentaire.
Quels avantages en nature du dirigeant sont réintégrés dans l'EBITDA normatif ?
Véhicule de fonction, mutuelle premium, voyages et restauration à usage mixte, adhésions à des clubs personnels et matériel informatique familial : ces dépenses augmentent l'EBITDA normatif car un dirigeant salarié ne se les ferait pas payer par l'entreprise.
Quel écart peut représenter la normalisation de l'EBITDA sur un dossier réel de cession ?
Sur un dossier réel, l'EBITDA affiché de 110 k€ a été porté à 245 k€ après retraitements, soit un delta de 675 k€ sur le prix de cession final après application du multiple sectoriel retenu.



